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Estrella. | Armless.
(Jeu 8 Mai - 21:32)
bal
Estrella.
Il n'y avait aucun ciel plus beau que celui de Damas. Et il n'y avait pas grand-chose d'aussi beau que le ciel.

Parce que Damas lui manquait. Parce que cette nuit sans fin dans laquelle il s'était plongé ne lui convenait pas, et parce qu'il n'avait pas intérêt à rester les yeux fermés plus longtemps. Il vivait la nuit. Son travail, en général, se faisait de nuit. Il prenait les taxis nocturnes, il prenait place dans son lit pendant la journée, entendait cet idiot d'à côté se jeter contre les murs sans raison, et il reprenait le taxi en début de soirée, s'enfermait au musée, rentrait avant que le jour ne soit parfaitement établi. Damas vivait tout le temps, mais dans deux mondes différents. Le soleil nappait les hommes et les bombes, la lune les insectes, les animaux et les veilleurs. Damas était belle, et elle l'aurait été davantage s'il n'était pas question de ruines. Il ne la voyait plus, ne faisait que la penser, mais il y avait des choses que l'on sentait et sa terre natale, le refuge troglodyte dans lequel il avait ouvert les yeux, ce ciel d'étoiles qu'il avait vu avant tout le reste, on le sentait. Il le sentait.
Il ne sentait rien ici. Juste les étoiles. Juste le souffle calme de l'espace au-dessus de lui qui happait sa main dans des rêves absurdes. Rien de notable. Rien d'enviable. Il s'en voulut d'être aussi idéaliste. Ferma les yeux à nouveau, laissa sa main glisser contre le mur et le crâne s'y enfoncer à son tour. Il repensa aux rondes nocturnes et aux guet-apens qu'il était chargé de débusquer. Il repensa aux scintillements sonores des cartouches que l'on vide, s'écrasant au sol avec le même fracas que la cascade de billes à l'intérieur des bâtons de pluie. Un rien pour l'énerver. Un rien pour le bousculer et il reprit contenance, le sourire loin, le dos droit, et la cicatrice frémissante de se savoir ainsi entourée.

Il allait rentrer dans une bulle qui se décida à éclater en milles êtres humains avant qu'il n'ait eu le temps d'avancer. Il les laissa passer, comme tant d'autres qu'il savait ne pas connaître, qu'il ne connaîtrait jamais et qui n'avait rien à faire avec lui. Du passage, des courants d'air. Ferme les yeux et respire. Avant qu'on ne te rentre dedans.
Attrape l'obstacle devant toi pour le regarder d'un air mauvais, comme tu as l'habitude de le faire. Comme tu le fais toujours. Et il se sentit mal de n'attraper que le vide à la place du bras. C'était plus petit, c'était mince, et ça n'avait pas de bras gauche. Impossible à dire pour le droit. C'est une taille qu'il réussit à agripper. Noyée dans des vêtements amples qu'il ne voyait pas. Il ne voyait rien, et il n'y avait certainement rien à voir. Pas de bras, en tout cas.

- ... Tu pourrais faire attention.

Tu risques de te blesser.
Il remercia le ciel d'être dans le noir. Au moins cette chose ne pourrait-t-elle que le sentir sa main se réchauffer, pas ses joues rougir.
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Estrella. | Armless.
(Dim 11 Mai - 0:57)
bal
Moi, j’aime le ciel. Le ciel, c’est le même partout, toujours au-dessus de nos têtes ; et à mes yeux, il est encore plus beau la nuit. Les gens aiment à penser qu’il y a autant d’étoiles dans le ciel que d’êtres humains sur Terre. Cette vision quelque peu anthropomorphique des choses me fait doucement sourire. Les étoiles existent en nombre infini. Certaines sont mortes, d’autres viennent de naitre. Mais pour rien au monde les étoiles ne suivraient le modèle des humains, j’en suis convaincue. Les objets célestes sont bien trop nobles.

Aujourd’hui, je me suis décidée à aller au planétarium. J’en avais envie depuis un petit moment, mais après ma mort, l’endroit me révulsait. Le poison, le poison… Il y en aura peut-être. Après avoir réfléchi à ce sujet un moment, je suis tombée d’accord avec moi-même pour me dire que si je suis morte, ça risque peu d’arriver une seconde fois. Cela dit, je m’avance probablement sur un terrain glissant ; je ne connais pas encore les règles du jeu par cœur. Un jeu, c’est si ennuyeux. J’aurais préféré mourir tout court. Mais si j’ai la chance de vivre à nouveau, pourquoi pas ? L’espoir, c’est ce que je garde au plus près de mon cœur. Juste à côté de la rancœur.

De toute façon, au moment de passer les portes, tout a disparu. L’obscurité empêche d’y voir distinctement, et mes yeux s’habituent juste assez pour que je ne me cogne pas. Ouais, ça me serait utile, si seulement je regardais devant moi. Mais je préfère avancer le nez en l’air. J’attends les étoiles, les fausses étoiles. Et je rencontre un obstacle. Je perds l’équilibre. Dans ma tête, ça tourne à toute allure. Mon cerveau me prévient que je ne pourrais pas amortir la chute. Il me dit d’essayer de me mettre sur le côté pour avoir moins mal, mais je ne l’écoute pas. Je n’ai pas le temps d’avoir un réflexe que déjà, on m’a rattrapée.

« ... Tu pourrais faire attention. »

Mes yeux sont grands ouverts, et malgré cela, je perçois mal le visage de la personne qui m’est venue en aide. Voire pas du tout en fait. En tout cas, il a chaud. Bizarrement chaud. On peut attraper des coups de soleil, quand on est mort ? C’est peut-être son cas. Je me dégage en me tortillant, puis je hausse les épaules.

« J’avais pas pensé à faire attention. » répondis-je d’un ton neutre.

Dans ma tête, le mot « pardon » surgit, mais il ne dépasse pas mes lèvres. Quelque chose me dit qu’il serait bienvenu de s’excuser ou encore de dire merci, mais je n’en ai pas envie pour le moment. J’essaie de me convaincre que je n’ai pas besoin d’aide, que je ne suis plus une petite fille, mais je suis diminuée. J’ai failli me rétamer devant tout le monde. Mais je ne dirais pas merci. Je fais comme j’ai envie, d’abord. Si j’avais pu, j’aurais croisé mes bras sur ma poitrine ; les gens font ça lorsqu’ils prennent une décision.
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Estrella. | Armless.
(Dim 11 Mai - 19:16)
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Estrella.
C'est une voix de fille. Ça, c'est certain.
Il approche son visage et ramène sa main dégagée vers lui. Il n'avait pas souvenir que les planétariums étaient si sombres, mais après tout il était mort, et partant de la rien ne pouvait plus le surprendre. C'était une fille, et ça parlait comme une enfant. Malpolie du surcroît, et son instinct patriarcal s'en trouva éreinté. Déjà. Un soupir chaud, comme tout ce qui venait de lui, un genou au sol, parce que lui personne ne l'écraserait, il se voyait encore trop. Son visage plus proche du sien, maintenant, et la désagréable sensation de ne pas pouvoir être plus courtois qu'elle. Dommage.

- Alors pense plus souvent.

C'est si gentiment demandé.
Et puis il y eu les gens autour d'eux. Des regards qu'il sentait se poser sur eux, comme en plein jour lorsqu'on ne voyait pas son second bras. Des regards mauvais, des regards inquisiteurs. Parce qu'à elle aussi, il manquait quelque chose. Et pas que le respect de ses aînés. Petite pensée émue pour Jawal avant de se redresser. Plus aucune attention à offrir à la gamine, elle était suffisamment grande pour vivre sa vie seule, jusqu'à ce qu'il comprenne qu'elle était seule et que lui aussi. Que ce n'était pas un hasard. Il rendit son regard à l'une des silhouettes humaines dont il croisa l'essence, attrapa la petite chose par l'arrière du crâne, l'entraîna vers lui et posa sa main sur son épaule.
Non, il n'était pas à l'aise. Elle non plus. Ça se sentait, parce que tout le haut de son corps était tendu. Exactement comme sa main crispée sur son épaule devait commencer à la brûler, et il s'en voulut immédiatement. Mais impossible de se calmer. C'était une épreuve, c'était difficile, et il s'en savait depuis longtemps incapable. Dix ans passés à blesser autrui au moindre contact, presque à tous les coups. Ce n'était pas gratifiant. Ce n'était ni poli, ni galant, ni même courtois. Cela faisait mal et cela faisait peur. Lui, ça le mettait en colère. Il essaya de se calmer, il pouvait le jurer, sans succès. Pas le moindre succès. Se doigts jouaient avec les plis du haut qu'il tâtait. Glissaient lourdement de son épaule à son biceps, sans aller plus loin. Parce qu'il n'y avait pas de quoi aller plus loin. Il n'y avait pas de bras droit. Il était pourtant certain de ne pas avoir senti le gauche.
Personne pour le sentir pâlir. Par contre, elle, elle pouvait le sentir fébrile, ses doigts reconduits immédiatement sur sa gorge. Quelque chose qu'il était sûr d'avoir sur le petit corps qu'il tenait près de lui. Elle avait la voix d'une fille.

- Elle est avec moi.

Regardez ailleurs, manants. Personne ne la jugera. Personne ne me jugera.
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Estrella. | Armless.
(Mar 13 Mai - 1:49)
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On me rétorque de penser plus souvent. Je sais que je pense peu ; j’ai pas envie de penser plus. C’est un truc de gens vivant, de réfléchir. Du coup je hausse les épaules et je me tais. Et j’attends. Je ne sais pas ce que j’attends en fait : qu’il poursuive ? Qu’il parte ? Aucune idée, j’attends juste. Le souci, c’est que je commence à me sentir un peu mal à l’aise. Le problème, voyez-vous, c’est que je n’ai pas de bras. Et il me semble que, du coup, certains aiment à me voir comme une bête de foire. Un animal qui va faire une pirouette si on lui donne du pop-corn. Les autres, ils trouvent juste ça dégoutant. Et ils peuvent pas s’empêcher de fixer.

J’ai l’habitude. Mais si je reste là plus longtemps, ça va toucher l’autre monsieur aussi. Je commence à ouvrir la bouche pour dire que je pars, mais il pose sa main sur ma tête, puis sur mon épaule. Pourquoi il n’utilise qu’une de ses mains ? Quand on a deux mains, on doit les utiliser à part égale. Pourquoi, pourquoi, je comprends pas. Pourquoi une seule main ? Il en a qu’une ? Mes lèvres se pincent, et mon dos se raidit. Je ne comprends pas. Et tous ces contacts physiques, j’ai pas l’habitude, j’ai plus l’habitude. En plus sa main commence à me brûler, même au travers de ma chemise. Mais je ne dois pas esquiver le contact. Parce que je suis forte. Et je dois le montrer. Lui, il tremble un peu. C’est perceptible parce qu’on est en contact. Je me demande s’il a peur, s’il est malade, si…

« Elle est avec moi. »

Quoi ? Je jette un œil autour de nous. C’est vrai, j’avais presque oublié les autres visiteurs, avec toute cette histoire. Je me contente de lâcher un « ah bon. » dans un murmure. On n’a qu’à dire que, comme ça, j’ai plus ou moins marqué mon approbation. Je hausse les sourcils avant d’émettre un petit rire bizarre. Un rire qui ressemble à un soupir. Pourquoi je soupire ? Je sais pas. Peut-être parce que mon épaule chauffe de plus en plus. Peut-être parce que cet homme, il m'intrigue un peu. Peut-être parce que je suis un peu contente de ne pas être toute seule ? Juste un peu. D’accord. Profitons-en.

« Faut qu’on s’assoie. Pour regarder les étoiles. », je propose. Après tout, nous sommes dans un planétarium. Je suis venue pour ça, et lui aussi. C'est du moins l'hypothèse la plus probable.
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Estrella. | Armless.
(Sam 17 Mai - 17:04)
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Voir les étoiles. Oui.
Ce n'était pas une idée, c'était une constatation. Une lueur d'espoir dans le chaos de ses yeux, menaçant. La silhouette d'en face ne le voyait pas, personne ne le voyait. Elle, contre lui, son ombre masquée, plus personne ne ferait attention à elle. Il n'y avait que lui et le monde, ses yeux et les leurs. Eux qui fuyaient, lui qui était trop pugnace pour cela. Mais aller voir les étoiles, cela semblait être un bon compromis et son étreinte se fit plus tendre, pas moins présente. La chaleur stagna. Il était encore trop tôt pour la faire régresser, mais c'était déjà une bonne chose d'avoir stoppé sa progression. Et puis s'il était allé plus loin, il l'aurait blessée. Et ce n'était pas le but. Pas du tout.

- On y va.

Mon cœur. Mon cœur. Un silence qui le lui brisa.
Il l'entraîna avec lui. Quelques pas calmes, encrés dans le sol à presque devoir se traîner pour avancer. Elle était toujours sous son bras, normalement, obligée de suivre. Elle voulait aller voir les étoiles, il n'avait pas pensé un instant qu'il puisse s'agir d'une ruse pour se débarrasser de lui. Pour pouvoir s'enfuir. Elle n'était peut-être pas seule. Sans bras ? Parce que s'il lui manquait les deux, elle n'aurait pas pu venir ici seule. Elle ne pouvait pas être seule.
Un peu de lumière. À peine. Pour un peu qu'elle ait regardé vers lui, elle aurait pu voir son air grincheux réagir à l'éblouissement, son visage se détourner du maigre rayon. Lui la lâcha pour la pousser, très légèrement vers l'avant. Qu'elle se retourne et qu'il puisse voir.
Qu'il sache qu'il avait raison.

- Les deux. Les deux bras.

Sans importance.

- Tu es seule ?
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Estrella. | Armless.
(Sam 24 Mai - 20:35)
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Ma proposition est plutôt bien reçue, à ma grande surprise. Alors je me dis que je n’aurais pas dû être si surprise que cela. Nous sommes dans un planétarium ; voir les étoiles, c’est normal. On ne vient pas ici pour faire la sieste, je crois. C’est donc avec un petit sourire satisfait aux lèvres que je me suis mise à marcher. Il me tenait toujours, mais je commençais à m’y habituer maintenant. Et la chaleur ne montait plus. Tout allait bien. Cette fois je n’étais pas seule. Il fallait que je me répète cette phrase pour parvenir à m’en convaincre.

D’un coup, soudainement, il m’a lâchée. Ma bouche s’arrondit en un o étonné et silencieux, tandis que je pivote sur moi-même pour vérifier ce qu’il se passait.

« Les deux. Les deux bras. »

Oh merde. Merde merde merde. Il va dire que c’est bizarre et il va partir ? Il va penser que c’est dégoûtant, que c’est sale, et que… Oh. Il lui en manque un. Mes yeux s’écarquillent encore plus. Pourquoi ? Un c’est pire que deux. C’est pire que tout. On n’a que la moitié. On sait ce qu’on rate, on le sait mieux que personne. Je pince les lèvres avant de retourner à côté de lui. C’est mieux. Plus prudent. Il est grand en fait, oui. Je me sens moins vulnérable maintenant.

« Tu es seule ? »

J’hésite un moment avant de finir par hocher la tête calmement. Avec qui pourrais-je être, hm ? Aucune idée. Mais c’est bien triste, tout ça.

« Et toi ? »

Sans que j’y prête attention, le tutoiement avait dépassé mes lèvres. Et bien tant pis ; j’avais décidé que ça fonctionnerait ainsi, désormais. Je tutoierais autant de gens que je le souhaite. Tant pis pour le politiquement correct, si celui-ci existe toujours. Je balance légèrement ma tête de droite à gauche et me mords l’intérieur de la joue avant de lâcher, au milieu de rien :

« On n’a qu’un bras. »

Je ris. En faisant l’addition, ça fait peu. Puis je me dis qu'il ne le prendra pas forcément bien. Ma remarque, je veux dire. Tant pis ; j’avais bien dit adieu au politiquement correct et à toutes ces conneries de toute façon.
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Estrella. | Armless.
(Ven 30 Mai - 17:35)
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Estrella.
Bien sûr qu'il avait mal.
Mal pour elle de la savoir ainsi, et en même temps il eut un mal fou à se dire qu'elle vivait sans doute comme cela depuis toujours et qu'elle ne savait pas ce qu'elle manquait au quotidien. Que lui l'avait vu, le voyait toujours, et n'arrivait pas à s'en défaire. Mais c'était déjà si difficile. Deux bras en moins. Deux bras sensiblement inexistants sinon ces branches de chair coupées qui ne devaient pas laisser grand étalage de mouvements à sa disposition. Sauf qu'elle n'avait besoin que de ses jambes pour venir se rapprocher de lui et lui n'avait besoin que d'un bras pour l'enserrer, la coller à lui. La main sur la tête, dans ses cheveux, tout son bras autour de sa nuque et la colère en lui de se savoir incapable de la prendre à deux mains et de lui faire comprendre combien c'était douloureux de ne pas pouvoir aller jusqu'au bout. Il pensa à Jawal, pensa à Jawal sans ses bras, se l'interdit. Jawal allait bien, et n'était pas ici. Il ne le serait jamais. Seul à jamais, tous les deux.

- Plus maintenant. Et puis un bras, c'est toujours mieux que rien.

Un rire. Un tout petit rire.
C'était déjà énorme pour lui.
Double tranchant. Il aurait passé dix ans à se tuer s'il ne lui en était resté aucun. Il aurait négocié à son arrivée, et n'aurait accepté la mise qu'à condition d'en retrouver au moins un. C'était une question de survie. Et elle, elle n'y avait sans doute pas pensé. Elle devait avoir quoi, une quinzaine d'années ? Elle faisait jeune. Beaucoup trop jeune pour passer sa vie sans bras et penser à discuter son état à son arrivée. Lui-même n'avait pas été à la hauteur de ses propres espérances à son niveau, et il n'était pas sans savoir s’affranchir des prix affichés. Il savait faire, et pas elle. Et elle n'avait pas de bras. C'était d'une cruauté sans nom.
Elle était contre lui et il fit de son mieux pour ne pas la brûler. Il aurait la peau abîmée, au niveau des flancs, il s'en moquait. Il pouvait se blesser à loisir, il l'avait déjà été. Il l'était toujours. Gêné. Et il remercia le ciel au-dessus de lui de ne pas la laisser voir ses joues rougir, ses yeux se baisser sur elle comme on observe de haut une petite créature attachante. Un petit bouchon. Une toux rauque, presque enfumé de tant de contrôle, et il la lâcha. S'en voulut un instant, n'en tint pas rigueur et avança, la sachant non loin de lui. La place était dégagée, les sièges qu'il voulait libre. Il n'y avait qu'une personne sur son chemin, une raison qui n'était pas suffisante pour lui faire faire le tour et il s'engagea dans la rangée sans discuter, rattrapant l'épaule de la petite au passage. Pour ne pas qu'elle s'éloigne trop. Esquiver les genoux de l'autre qui ronchonnerait certainement puisqu'il ne s'était pas écarté le moins du monde, et s'asseoir.

- Viens ici. On m'a dit que c'était la meilleure place pour les regarder.

Les étoiles. Evidemment. Pas les gens.
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Estrella. | Armless.
(Lun 2 Juin - 1:45)
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Un bras, c’est peut-être mieux que rien. C’est bien de penser comme ça, c’est mieux que de se souvenir et de savoir ce qu’on perd. Moi je pense toujours que zéro c’est mieux qu’un. Mais ça ne fait rien. Ah, il peut rire en tout cas ! C’est une bonne surprise. C’est bien de rire, ça rallonge l’espérance de vie. Ça aurait pu nous être utile si toutefois nous étions encore en vie, pas vrai ? En tout cas, ce tout petit rire me donne le sourire. Je sens mes joues rosir ; je suis contente. Oui. Le contact de sa main ne me dérange plus non plus. La courbe s’est inversée ; je suis perturbée quand il n’est plus là. Le contact, vous savez. C’est étrange.
Il trouve nos places, et je ne me fais pas prier avant de prendre mon siège. On enjambe les autres, je regarde mes pieds. Un seul faux pas serait malvenu. Puis nous arrivons.

« Viens ici. On m'a dit que c'était la meilleure place pour les regarder. »

Étrangement, j'obéis sans broncher. Une fois assise, je ramène mes pieds sur le fauteuil. Je m’en fiche si c’est interdit. De cette façon, je prends moins de place, et si quelqu’un venait à passer devant les sièges, il ne risquerait pas de me marcher sur les pieds par inadvertance. Lorsque ça arrive, la plupart des gens se tournent vers vous pour s’excuser. Moi, je préfère qu’ils ne se tournent pas de mon côté. Ils disent tous que c’est répugnant. Et s’ils ne le disent pas, ça se voit sur leur sale tronche.
Il y a encore un peu de temps avant le début de la projection. Alors j’en profite pour regarder les autres. Discrètement ou non, on s’en fiche. Ils sont tous trop ceci, pas assez cela. Ils s’intéressent tous à leur petite personne sans se préoccuper de ce qui les entoure. Vous êtes dans un planétarium, bon sang. Montrez votre entrain. Puis je remarque une femme renverser une petite bouteille d’eau sur ses genoux.
Je ris doucement.

« Tu vois, ils sont trop maladroits, même avec leurs deux bras. »

J’arrive à en plaisanter, parce que ces idiots ne comprennent pas la chance qu’ils ont. Au fond de moi, je les envie. Je veux crier, mais il ne vaut mieux pas. Puis les lumières se tamisent. C’est bientôt le début. Ça va commencer. Je commence à me tortiller sur mon siège, le visage tourné vers le plafond au point de me faire un torticolis. Ça commence, c’est pour ça que je suis venue.
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Estrella. | Armless.
(Mar 3 Juin - 1:22)
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Estrella.
Il ne savait pas quoi dire.
En vérité, il ne le savait que trop bien. Et cela frôlait l’indécence. L'impudicité et le mépris envers elle comme envers les autres, et il avait été élevé dans le respect d'autrui, un minimum. Ne sois pas envieux. Ne convoites pas ce qui ne t'appartient pas. Tant de ramassis d'absurdités qu'il avait avalé comme des couleuvres sous le couvert de l'éducation, de la bonté. Personne n'avait été bon une fois le désert transformé en marée rouge. Celui qui lui avait offert cette grenade, celle-là, n'avait pas été bon. Ceux qui avaient laissé faire cela n'étaient pas bon. Et tous avaient été élevé par les mêmes dialectes. Les mêmes jolis phrasés bien pensant qui lui donnait la nausée.
Il se sentait mal d'avoir à faire le compte-rendu de sa haine ici. Maintenant. Bouillir d'un sentiment d'injustice qui ne manquait pas à sa parole, se savoir mal de tant de maux autour de lui, ailleurs, juste à ses côtés. Juste là. Petite créature qui n'avait pas fait la guerre et qui n'avait sans doute rien demandé. Elle était née comme cela, sans doute. Elle n'avait pas à regretter ce qu'elle ne connaissait pas. Sa rancœur à lui était légitime, et elle n'avait pas à haïr quelque chose dont elle ignorait tout. Elle n'avait pas à vivre dans l'envie ni dans la colère. Qu'elle soit paisible. Qu'elle puisse profiter des lumières effacées, des ombres, de l'infini d'une pièce close mais aux murs invisibles, de l'oubli.

- Le monde est maladroit.

C'est peu de le dire. Les yeux clos pour mieux penser, sa voix tonnante dans son stoïcisme et dirigée vers elle, rien que pour elle. Il n'avait pas à s'adresser à qui que ce soit d'autre. Les gens sont très doués pour n'entendre que ce qu'ils veulent entendre.
Lui, personne ne l'avait entendu mourir. Bien assez de cadavres comme cela.

- Même avec quatorze milliards de bras, le monde est maladroit.

Et il le restera. Mais il se retint. Il en avait déjà presque trop dit, n'en dirait guère plus. Ces leçons de morale faisaient peine à voir dans la bouche d'un être qui avait donné la mort pour rien. D'un meurtrier qui n'avait pas même la décence de trouver des motifs à ses actes. Pour que le monde aille mieux. Pour la famille. Pour la famille. Une notion qui ne devait pas lui être étrangère.

- Ce qui nous différencie du monde, c'est notre humilité.

Il brûlait d'envie de lui parler mais ne savait pas quoi lui dire. Il avait envie de l'entendre, qu'il fusse question de pâte à pain ou de métaphysique, il aurait aimé l'entendre. Et si son instinct était bon, il savait que s'il ne parlait pas lui-même, il n'y aurait rien à tirer d'elle. Surtout pas lorsque les étoiles apparaissent au-dessus d'eux. Ailleurs.
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Estrella. | Armless.
(Jeu 5 Juin - 2:00)
bal
Le monde est maladroit, même avec ses quatorze milliards de bras. J’aime bien cette idée. Cependant je ne me considère pas humble. Les gens humbles respectent les autres. Moi je choisis ceux que je veux respecter. Pas tout le monde. Je ne suis pas humble. Je suis juste une petite merdeuse inutile qui prend un peu trop de place.
Les lumières se tamisent. Le ciel étoilé est projeté au plafond en forme de dôme. La voix du guide, qui sert à expliquer ce qui se passe là-haut, résonne. Pas mal de gens chuchotent entre eux. Moi, les étoiles, les planètes que je vois, je les compte sur mes doigts. Je compte celles que je connais. Les autres, il faut que j’apprenne leur nom. Antares, Saturne, Spica, Mars, Vesta…

« Et Arcturus… » Je murmure moi aussi, comme tous les spectateurs. Il me reste une once de respect qui me pousse à ne pas crier quand je suis dans un lieu public, encore heureux. Puis je tourne la tête vers mon voisin sans rien dire. Je réfléchis encore. Pourquoi le monde est maladroit ? Parce qu’il se détruit ? Parce qu’il n’arrive pas à avancer sans briser quoique ce soit ? C’est dommage. L’être humain s’autodétruit. Et il détruit tout le reste aussi.

« C’est joliment formulé, quatorze milliards de bras. » lui dis-je sur un coup de tête. Puis je relève les yeux. C’est bizarre, je regarde les étoiles sans les voir. Tout ça parce que je pense à autre chose. Comme je n’ai pas de bras, si j’étais vivante, est-ce que je serais écartée du reste de la population mondiale ? Je serais éjectée, en dehors des sept milliards de personnes encore intactes. Et je m’en fous. Je suis bien toute seule. Et de toute façon, maintenant, je suis morte. Faut que je gagne, ouais. Pour montrer ce que je vaux. Mais on fera ça plus tard ; pour le moment j’ai pas envie.

Pendant quelque temps, c’est le silence. La voix dans les haut-parleurs continue de jacasser, et je n’écoute pas. J’en n’ai pas besoin. A la place je décide d’essayer d’être sociable.

« Tu t’appelles comment ? »

Je pose la question sans prévenir, sans contexte, et on s’en fout. Je peux regarder le faux ciel et parler. Multitâches. Mais au fait, pourquoi il lui manque un bras ? Si on le lui a coupé, c’est triste. En fait, dans tous les cas, c’est triste. C’est ce que je pense.


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Estrella. | Armless.
(Mer 11 Juin - 4:47)
bal
Estrella.
Le plus dur, c'était de se savoir capable du pire comme du meilleur.
Aucune envie, aucune, de se souvenir. Il y avait bien plus de pire que de meilleur en lui, à son grand désarroi. Il n'était pas mauvais. Pas spécialement, et pas intentionnellement. Il n'y avait simplement pas d'amour dans sa lignée, et il s'en savait incapable, à présent. D'aimer. On lui avait enlevé une main pour qu'il ne puisse voir que la moitié de ses crimes se lire aux jointures de ses doigts, le long des lignes de sa paume. C'était sans doute ce qu'il avait appelé toute sa vie la pitié de Dieu, ne pas être contraint d'observer toute la misère de son existence sur ses mains. Et c'était pire que tout.
Attraper son nez, serrer la ride du lion. Une ride qu'il n'avait qu'à force de froncer les sourcils, comme toujours. Comme s'il avait été question un jour de faire le bien pour rien, juste pour bien le faire. Il ne croyait qu'en l'intérêt. Il ne croyait qu'au profit et aux rentabilisations de la misère, parce que le malheur rapporte toujours bien plus que le bonheur. Il avait étudié pour finalement prendre les armes aux noms de patrimoines qu'il savait sinon perdus, perdants si combats il y avait lieu. Peu importe. Le mal était fait, et se faisait sans doute toujours autant. Lui affrontait ses propres démons, loin de tout. Loin des astres et des hommes, ni sur terre ni sur l'eau, nulle part et partout.

Arcturus.
Et les hommes avaient posé leurs pieds sur la Lune. Comment, comment pouvaient-ils encore parler de guerre quand ses rackets financent Apollo 11. Comment considérer une guerre qui se passe sans effusion de sang. Simplement. Seulement cela. Et il ne comprenait pas. Il était vieux, et il ne comprenait pas. Elle devait être à des milliers d'années-lumière de comprendre ce qu'il avait vu, et c'était tant mieux. C'était tant mieux.
La gorge serrée d'entendre sa voix percer les cieux. Non, il ne savait pas quoi répondre. Il n'avait jamais su. L'autre guerre de sa vie était sa vie elle-même, et il n'en restait que des cendres. Littéralement. Le souffle ardent. Dans l'une, il avait égaré un bras. Dans l'autre, il avait broyé son cœur. Ne restait qu'un esprit, une moitié d'esprit, quelque chose qu'il n'imaginait pas de son vivant et auquel il n'était pas préparé. À son arrivée ici, il n'avait pas le sentiment d'avoir été trahi par qui que ce soit. Il se sentait simplement seul, comme s'il l'avait toujours été. Voilà.

Un nom. Elle demandait un nom.
Abu Jawal Ezra Ibn Chamseddine. Pityusa Patera pour les intimes.

- Fauve.

C'est français.
Jolie image, bien qu'il tienne plus du rocher que du lion.

- Un pseudo. Bien entendu.

Et révéler son nom, ce serait sans doute aller à l'encontre des lois imposées par le Game Master ici. Que le voilà embêté.
Rien à dire. L'autre parle de loin, et plus rien n'est reposant. Plus rien n'est, tout court. Il y a elle qui n'a pas de nom, lui qui ment à son sujet comme elle mentirait à sa place. C'est tout.

- Et toi, qui es-tu ? La fille sans bras ?

Celle que l'on ne reconnait que par cela ?

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Estrella. | Armless.
(Mer 18 Juin - 1:33)
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Lorsqu’il me donne son pseudo, Fauve, je résiste à la stupide envie d’émettre un pitoyable grognement. J’aurais pu ronronner, comme un chat, mais je dois bien me comporter en public, quelque chose comme ça. Mais c’est avec ces dires que je m’en rends compte. C’est vrai. Je ne dois pas faire référence à ma personne en tant que Prudence. Maintenant je suis Armless, « sans bras ». Mais ça dure comme ça depuis un bon moment déjà. Il aura fallu que je parle un peu à quelqu’un pour m’en rendre compte. Je hoche la tête.

« Et toi, qui es-tu ? La fille sans bras ? »

Un petit sourire éclaire mon visage. Ouais, je suis la fille sans bras. Si j’en avais eu, je les aurais croisés avant de répondre. Oui mais voilà, pas de bras, pas de chocolat. Et en ce qui me concerne, c’est même pas de nourriture du tout.

« A peu près, oui. Je m’appelle Armless. »

Une prise de parole décousue, c’est tout ce que je peux produire. Ca faisait un moment que je n’avais plus décliné mon identité. Peut-être que j’avais oublié comment on faisait, parce que je ne sais même plus par où commencer. Un petit rire m’échappe, tellement cette situation me semble invraisemblable. Je ne prends pas la peine de signaler, au passage, qu’Armless ça n’est qu’un pseudo, mon pseudo pour jouer. Toute personne un minimum censée comprendra sans peine qu’il ne s’agit pas d’un véritable prénom. C’est trop moche. Pourquoi est-ce mon pseudo, d’ailleurs ? Je n’ai même pas le souvenir de l’avoir choisi. Enfin, revenons à nos moutons. Le plafond et ses étoiles. Ses fausses étoiles que j’aime regarder. Sans les lâcher des yeux, toujours un peu intriguée, je questionne mon voisin.

« Au fait, qu’est-ce qu’il t’est arrivé ? »

S’il me restait des pattes au bout de ce qui me sert maintenant de moignons, j’aurais pointé son bras du doigt pour me faire comprendre. Mais, premièrement, cela m’est impossible, et deuxièmement, c’est plutôt très impoli. Pas que je sois du genre à faire attention à ça, non ; le souci c’est que je ne peux pas me défendre quand les gens s’énervent. Alors même si je ne m’empêche pas trop de dire tout ce que je veux, parfois je suis bien contente d’être limitée. Ça m’évite d’en faire des tonnes. Enfin, ça n’est qu’une façon de parler.



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Estrella. | Armless.
(Jeu 19 Juin - 22:23)
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Estrella.
Il avait perdu l'habitude d'en parler aux autres.
Parce qu'on ne demandait pas ce genre de choses. On l'apprenait de quelqu'un, qui l'apprenait de quelqu'un. S'il y avait un joueur pour savoir, celui-ci tenait son information du Game Master. Parce que le Game Master n'était pas sans ignorer leur vie à tous, ici. Evidemment. Lui tenait à sa discrétion. Pas physique, mais personnelle. Une pudeur dont il avait toujours respecter les tenants et les aboutissants, parce qu'elle-même ne lui avait jamais fait défaut. Si les gens voulaient savoir, ils pouvaient le savoir. Il n'avait rien à cacher en particulier. Il n'avait rien à garder loin des yeux du monde, pas quand celui-ci avait les moyens de le traîner devant la vérité. C'était facile, c'était garanti. Il se contentait de se taire. Ceux qui voulaient savoir savaient. Ceux qui osaient l'affronter demandaient.
Armless demanda.

Sans bras. Il trouvait cela malheureux. Il aurait pu s'appeler Arabe, Homo, Manchot, Grognon. Elle aurait pu s'appeler Curieuse, Petite, Rousse ou Sans bras, et elle avait choisi Sans bras. Fauve. Il grogna.
Malin, ça.
Malin.

- Donc tu n'es juste qu'une fille sans bras. Juste ça.

C'était sorti tout seul. Sorti sans aucune forme de procès, et il s'en voulut immédiatement. Cela ne se disait pas. Pas à une enfant. Pas à une jeune fille en devenir, pas à une handicapée qui en souffre. Peut-être était-elle morte à cause de ça. Il n'avait aucune idée de l'âge qu'elle pouvait avoir, paraissait un peu vieille pour être morte née, mais si ça se trouvait, elle était morte à cause de ça. Et on ne reste pas insensible à la vie après la mort ni à la perte de ses deux bras. Elle était jeune, bon sang. C'était une enfant. Une pauvre enfant.
Un soupir.

- On m'a jeté une grenade dessus.

On. Un homme, un soldat, un chrétien, le hasard, Allah, la vie, la mort, l'univers, le ciel et les étoiles. Ils étaient tous à blâmer.

- Ça m'a vidé de mon sang.

Raconte lui la guerre, oui. Raconte-lui comment on fusillait les prisonniers après les avoir torturés, raconte-lui les massacres, les pillages, raconte-lui les mines et les frappes aériennes des forces étrangères, raconte-lui le soutien armé des alliés et l'absence de nourriture pour les populations, les enfants que l'on envoyait à la mort, les étudiants enrôlés de force, les femmes violées, Damas à feu et à sang et toi, écrasé, étouffé, au milieu des cendres et du sable. Quelle bonne idée.
Raconte-lui.
Les yeux clos pour oublier. La voix à peine chancelante.

- J'espère que tu n'imagines pas n'être qu'une fille sans bras, parce que je ne suis pas qu'un homme en colère.
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Estrella. | Armless.
(Ven 27 Juin - 1:22)
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Ah. Oui. C’est à ça que je me résume, « la fille sans bras ». Juste ça. C’est bizarre, quand ça sort de la bouche des autres. Je me sens un peu vide, c’est étrange. Un sourire étire mes lèvres. Je ne vais pas pleurer non plus, c’est trop tard. Je ne suis pas triste. C’est juste la réalité qui frappe fort.

« On m'a jeté une grenade dessus. »

Je fronce les sourcils. Cette réalité aussi, elle frappe fort. Peut-être plus fort que la mienne. Elle est violente, elle est meurtrière. Sa réalité. Je me sens un peu coupable, d’un coup. Coupable de m’être sentie mal, alors que ses circonstances à lui sont sans doute pires. Coupable, parce que je suis une humaine, comme celui qui lance les grenades, celui qui lance les bombes. Parce que je suis celle qui l’a fait parler alors qu’il ne le voulait probablement pas.
Ca l’a vidé de son sang, et moi je ne peux plus parler. Je ne parviens pas à rester aussi stoïque que je l’aurais souhaité ; alors je fais une tête surprenante, indescriptible. Entre le sourire et la grimace. La tristesse. La culpabilité. Et le refus de la pitié. J’ai horreur de la pitié.

« J'espère que tu n'imagines pas n'être qu'une fille sans bras, parce que je ne suis pas qu'un homme en colère. »

Me voilà devenue muette. Que puis-je répondre à cela ? Rien. Rien ne me vient à l’esprit. Rien à part quelques mots stupides, qui n’ont aucun sens. Evidemment que je suis une fille sans bras. Mais pas que ça. Tout comme lui n’est pas que colère. Tous ces mots idiots dansent dans ma tête. Alors je choisis de dire le mot le plus stupide de tous.

« Pardon. »

Désolée d’avoir demandé ça, et d’avoir voulu connaitre ce qui ne me concerne pas.
Moi qui ne m’excuse qu’en de rares occasions… Voilà qui était surprenant. Mais je n’avais rien d’autre à dire. Allez savoir pourquoi, je ne comprenais rien à cette amertume que l’on ressent quand on perd quelque chose. Ou peut-être qu’au contraire, je connais ça. Un peu.
Je me sens terriblement inutile. Je ne suis pas douée pour parler, pour aider les gens. En règle générale, ça m’intéresse pas. Il faut que je fasse un effort, parce que ça fait mal.

« Hé Fauve. Regarde les étoiles, et fais comme si tu tombais dedans. On peut oublier un peu, comme ça. »

C’était un conseil, ma deuxième solution idiote. En dernier recours, je pourrais toujours raconter une blague. J’en connais quelques-unes.
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Estrella. | Armless.
(Mer 16 Juil - 15:23)
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On ne peut pas tomber dans l'espace. Avec tout le pragmatisme dont il pouvait faire preuve, la négation lui vint comme une évidence. Une triste évidence. Mais on ne peut pas tomber dnas l'espace. On ne peut pas se laisser tomber. L'espace stagne. Tout bouge, en vérité, mais trop vite ou trop lentement. Tout semble proche alors que tout est loin. Et on a l'impression de tomber mais on est seulement dans le vide et on stagne. Et pour pouvoir stagner il faut respirer, alors on est conscient de stagner. La mort ne résout pas tout quand elle n'est pas là.
Ça, il l'avait bien compris.

Il aurait voulu le lui dire seulement l'enfance est reine. Dans sa tête. Et elle était en plein dedans. Qu'on ne vienne pas lui dire qu'elle était adolescente, l'adolescence n'avait plus lieu d'être ici puisqu'on ne grandissait plus. Il n'y avait pas de quoi la considérer comme une adulte, ni dans le fond ni dans la forme. Le contexte ne s'y prêtait pas non plus. Il aurait aimé pouvoir lui siffler qu'elle n'avait pas à s'excuser et pire, qu'elle n'avait pas à s'excuser pour rien. Elle se ferait dévorer par les mauvais. À trop s'écraser elle serait faible, et contre la faiblesse mentale aucun bras ne pourrait lui venir en aide. Il avait à lui dire. Il le fallait.

- C'est bon. C'était il y a un moment.

Ça attendrait.
Il fermait les yeux et il essayait, vraiment, il essayait de tomber. Mais les nerfs tranchés à sa gauche sentaient le velours dans lequel il était assis, ils ne le sentaient que trop bien. Il était laid. Cette cicatrice était laide, alors il la cachait sous des bandes. Pas le choix. Il n'avait pas grand chose à dire, pas grand-chose d'agréable en tout cas, et c'était sans doute mieux comme ça. Il attendrait d'être sorti. Il attendrait que ce soit fini. Il était curieux mais c'était de la mauvaise curiosité et il se refusa à y céder. Pas comme ça, pas vis-à-vis d'une enfant. Armless. Elle avait un nom. Elle avait un nom.
À sa gauche, la place de Jibril. Et lui ne pouvait pas la toucher. Il ne pouvait pas.

- On finit par oublier, même sans étoiles.

Même sans rien. On ressasse, et puis ça s'épuise. Ça met le temps qu'il faut, mais ça s'épuise. Il n'y a pas de Corne d'Abondance. Même dans la mort.

- Qu'est-ce que tu fais de tes journées ? Tu vis quelque part ?
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(Dim 20 Juil - 22:58)
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Les choses déjà passées ne peuvent pas disparaitre complètement. C’est toujours là, quelque part. Je crois qu’on ne peut pas oublier quelque chose entièrement. Alors pourquoi j’ai tout oublié, moi ? Aucune idée. C’était peut-être le choc de la mort qui a fait ça. Elle va me revenir, mon enfance. C’est flou, tout flou, mais ça reviendra un jour ou l’autre. J’espère. Les souvenirs, c’est un peu bizarre. Je veux récupérer les miens. Et peut-être que Fauve veut que les siens disparaissent. Pourquoi personne ne peut avoir ce qu’il veut ? C’est chiant, tout ça.

« On finit par oublier, même sans étoiles. »

Moi, j’y crois pas. On oublie tout le temps les choses insignifiantes involontairement. Mais les éléments importants, les évènements qui ont de l’impact sur nos vies, on s’en souvient. Ce qu’on veut oublier, ça ne s’en va pas. Je fais la moue. On peut oublier pendant un moment, mais ça reviendra. Quel est l’intérêt, alors ? L’intérêt de la chose, c’est qu’on a réussi à oublier, même pendant un infime moment.

« Il faut pouvoir vivre très longtemps avant d’être capable d’oublier. »

Je serre les dents. J’ai pas vécu assez longtemps et j’ai oublié quand même, putain. Mon cerveau n’est pas fiable. C’est chiant, c’est trop chiant. Faut que je gagne le jeu. J’ai pas le temps pour d’autres futilités. Qu’est-ce que je fous sous les étoiles ? Rien du tout. Soupir.

« Qu'est-ce que tu fais de tes journées ? Tu vis quelque part ? »

Je glande. J’attends que quelque chose se passe, comme quand j’étais avec papa et maman. Je crois qu’avant, j’allais à l’école ! Ou alors je partais, dehors. Je devrais peut-être faire avancer les choses par moi-même, mais c’est trop de responsabilités, trop d’initiatives à prendre.

« Je fais rien, rien du tout. Je sors et puis c’est tout. Et je dors aussi ! »

Et parfois, j’aime bien aller regarder les vivants, aussi. Ils ne peuvent pas me voir, mais c’est pas grave, ça me plait. Ok, c’est pathétique. Je ne dis pas le contraire. Mais que voudriez-vous que je fasse d’autre ? Parler aux autres gens morts ? Voilà une idée guère séduisante.

« Oh, et puis j’habite dans un endroit fourni par le Game Master. C’est pas très grand mais ça me convient. » dis-je en haussant les épaules. Je n’ai jamais eu le goût du luxe, des grandes maisons et des meubles qui coûtent cher. C’est relativement inutile en fin de compte. C’est comme avec papa et maman ; je n’ai pas à lever le petit doigt. Quelle feignasse.

« Et toi ? Tu travailles, je suis sûre ! »

Ouais ! Ca doit être tellement plus intéressant, ça ! C’est ce que les adultes font ! Pourquoi travailler quand on est mort, en revanche, je l’ignore. Probablement pour ne pas s’ennuyer ? Peut-être.
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Estrella. | Armless.
(Mer 30 Juil - 0:27)
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Estrella.
Des mots.
Il pouvait bien s'évertuer à faire ce qu'il voulait, lui parler des heures pour tenter de la convaincre, il n'y parviendrait jamais. Les enfants ne l'écoutaient pas, ils le craignaient. Et ce qui est craint n'est pas respecté, ou pas longtemps. L'autorité et sa figure sont faits pour être défiés, bafoués. Il ne lui apprendrait rien, n'avait rien à lui apprendre. Elle n'était pas à lui. Ce n'était pas sa fille, on l'en avait gardé. Cela avait été déjà bien assez compliqué avec un garçon.
Il voulait croire en les étoiles. Y trouver la force de lui parler, de lui dire ce qu'il pensait. Qu'elle ne devait pas compter sur le Game Master pour tout. Qu'elle devrait être autonome, juste au cas où. Qu'elle ne compte sur personne d'autre qu'elle-même, qu'elle pouvait survivre sans groupe. Seule. Qu'il pouvait lui apprendre. Un peu.
Un peu.

- Bien sûr. Du moins, je m'occupe.

Un travail.
La première chose qu'il avait cherché à faire après s'est accoutumé à... ça.
Parce qu'il n'arrivait plus à dessiner et qu'il n'y avait plus rien à construire. Le monde se générait sous ses yeux. Il n'y avait plus rien à tisser non plus. Des livres à lire dans une langue qu'il ne connaissait pas, un univers qu'il ne maîtrisait pas, la sensation d'être inutile. Une pièce cassée, rapportée comme on le pouvait. Il s'était demandé pourquoi lui. Pourquoi un pouvoir aussi monstrueux. Une punition, sans doute, mais il en avait assez de croire en la punition sans croire au salut. Et il ne voyait plus vraiment de salut possible, parce que personne n'avait gagné le jeu. Personne en dix ans.

- Je suis gardien au musée. Impressionnant sans ses deux bras, certes. Au moins ils en ont un.

Et ils ont un volcan, en plus de cela.
Les premiers temps, il s'était demandé jusqu'où il pouvait aller. Si le feu naissait dans ses mains, si son sang était pâteux, si son contact pouvait faire fondre les matériaux. Il n'y avait pas de pourquoi, simplement des quoi et des comment. Il avait découvert que personne ne pouvait arrêter son poing lorsqu'il décidait de frapper. Il avait compris qu'il brûlait sans flamme. Un tas de cendres, de la pierre chaude. Comme les volcans.
Il avait demandé à travailler au planétarium, mais il n'y avait pas sa place. Il n'avait pas vraiment de place, ni ici, ni parmi les vivants, ni dans les cieux.
Sa jolie bouille dans son champ de vision. Il aurait voulu pouvoir sourire, mais c'était plus fort que lui. Bien plus fort. Et c'est sa main droite qui vint se poser sur son genou pour le serrer.

- Il faut bien ça pour passer l'éternité, tu sais. Toi aussi, tu travailleras. Pas que ce soit nécessaire pour... exister, mais c'est nécessaire pour ne pas abandonner. Garder un semblant d'activité. C'est important.

Retire-toi. On ne se touche pas, ici. Ça ne se fait pas.

- Tu ne devrais pas rester seule, tu sais.
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Estrella. | Armless.
(Ven 1 Aoû - 23:32)
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Lui, comme tous les adultes je crois, il a un travail. Il fallait s’y attendre. Une personne majeure et tout ce que ça implique ne pouvait rester sans rien faire. Une personne normale doit s’occuper, probablement. Il y aura un temps dans ma vie où cette réalité s’imposera à moi, même si pour l’instant le moment n’est pas venu. Bien que j’aie 18 ans, je préfère encore vagabonder un peu partout ou bien dormir à des heures que le commun des mortels jugerait indécentes, ou encore regarder mon plafond et me sentir vide. Même si cette dernière partie n’est guère agréable…

Il est gardien au musée.
Je cligne des yeux avant de hausser les épaules. C’est intéressant. Est-ce un métier gratifiant ? Captivant ? S’y passe-t-il des choses ou est-ce plutôt tranquille ? Je penche plutôt pour cette dernière option. De toute façon, même s’il n’a qu’un bras, ça m’étonnerait qu’on vienne lui chercher des poux. Les fouille-merde se feraient incendier avant d’avoir pu bouger ne serait-ce que le petit doigt. C’est formidable.

« Il faut bien ça pour passer l'éternité, tu sais. Toi aussi, tu travailleras. Pas que ce soit nécessaire pour... exister, mais c'est nécessaire pour ne pas abandonner. Garder un semblant d'activité. C'est important. »

Mes lèvres se serrent, mes sourcils se froncent. Je ne veux rien faire contre mon gré, moi ! C’est une réaction immature, je veux bien vous l’accorder, mais je n’ai aucune idée de ce que je veux faire. Moi, je veux revivre, c’est tout. Comme ça je voyagerais après. Ici, je ne peux rien faire. Il est hors de question que je m’attarde dans le coin.

« Travailler, ça ne m’intéresse pas. Moi je veux voir le monde. Alors je dois gagner le jeu et revivre, tu vois ? C’est un peu bête, mais l’éternité passée ici, dans cette ville, j’en veux pas. Je veux choisir où je vais, c’est tout. »

Le speech de l’enfant gâté à qui rien ne va. Disons que, même si j’ai eu la « chance » de pouvoir prétendre à une vie 2.0, le fait que plus personne n’ait gagné depuis un moment est relativement décourageant… Mais il ne faut pas perdre espoir. Un jour, ce sera possible. Dans un an, dans dix ans, dans cent ans peut-être… J’espère ne pas devoir attendre durant l’éternité. Néanmoins, il faudra sans doute, un jour où l’autre, que je trouve de quoi m’occuper. Mais qui voudra d’une gamine sans mains ?

« Toi non plus, tu ne devrais pas. »

J’ignore tout à fait de quoi je parle. Après tout, je ne connais rien du présent de Fauve. Mais je préfère répondre de cette manière. C’est moins dangereux.
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Estrella. | Armless.
(Dim 7 Sep - 22:11)
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Estrella.
- Tu ne peux pas.

De la négation. Toujours de la négation.
Il n'en pouvait plus. Ni du ciel ni des gens ni des étoiles. Il n'en pouvait plus.
Un instant pour reprendre un souffle qu'il savait trop chaud. Il voulait de la fraîcheur dans sa bouche mais toute l'eau qu'il pouvait boire s'évaporait et il n'avait plus qu'à se consumer seul.
Seul.
Tu ne peux pas amour. Tu ne peux pas, puisque tu n'as pas de bras, que tu te limites à cela et que tu es morte.
TU ES MORTE.
Personne
jamais
n'aura droit à cette seconde vie.
Personne ne gagne ce jeu parce qu'il n'y en a pas.
L'espoir fait vivre et c'est bien de cela dont il est question.
Il n'y a plus qu'à espérer pour ne pas sombrer mais il n'y a plus de vie
juste une mort lente
une mort longue
un état de mort ou un moment qu'importe
il a été suffisamment trahi pour croire
espérer
misérable connerie espérance lointaine
dix ans
dix ans.

Qu'on ne la lui fasse pas. Personne n'avait le droit de lui répondre ainsi. Personne.
Il faisait partie des plus vieux players. Il faisait partie des plus vieux morts de New-Life.

- Tu n'as pas le droit de reposer tous tes espoirs sur une illusion. Tu n'as pas le droit de ne compter que sur une fable, idiote.

Idiote.
Elle s'appelle Armless.
Sa voix s'étrangla et il aurait aimé mourir sur-le-champ. À cet instant précis, il n'y avait que la honte. Que la négation et la honte.

- Je suis désolé.

Ça fait dix ans et personne n'a gagné.
Personne.
Je suis désolé.

- Je...

Tais-toi Seigneur
non pas Seigneur tais-toi
juste tais-toi
sa main sur sa cuisse et il serra. Il serra.

- Je suis mieux seul.

Si c'est pour blesser autrui, autant rester seul.
Pardonne-moi.

- Personne ne gagne ce jeu. Personne n'a jamais gagné. Compter dessus, uniquement dessus, c'est une erreur. Monstrueuse erreur.
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